Le FJM: le laboratoire suisse des nouvelles écritures journalistiques

Parmi les dispositifs de financement en faveur de l’innovation médiatique en Suisse romande, le FJM soutient des projets à l’échelle nationale et en misant sur l’expérimentation éditoriale.
Lancé il y a trois ans, ce fonds a déjà soutenu une trentaine de projets à travers le pays. Sa particularité réside dans une approche centrée sur le storytelling. « Nous ne soutenons pas de nouveaux médias, mais de nouveaux formats de storytelling », explique Marco Vencato, vice-directeur du Gebert Rüf Stiftung , la fondation en charge du bon fonctionnement du FJM. Une orientation stratégique qui repose sur la conviction que « ces nouveaux narratifs seront un levier pour atteindre de nouveaux publics cibles ». L’innovation dépasse ainsi la seule dimension technologique ou digitale, en intégrant des dispositifs hybrides mêlant online et offline, et impliquant un véritable travail de traduction entre les supports.
Le positionnement du fonds est résolument national. « Notre fondation s’engage qu’en Suisse », précise-t-il, revendiquant une approche complémentaire aux autres initiatives existantes. Dans un paysage de financement encore fragmenté, cette volonté de coordination apparaît comme un enjeu structurant.
Les prochaines dates pour soumettre un projet en 2026 sont : le 1er mai, le 1er septembre et le 1er décembre. « Notre comité de sélection prend des décisions avant la fin du mois de soumission. Les projets qui méritent d’être soutenus doivent l’être au plus vite. » Pour information, le fond est doté d’un montant de CHF 2 millions de francs (dont 800 000 francs ont été apportés par Gebert Rüf Stiftung et environ 1,2 million par les quatre autres fondations partenaires, parmi lesquelles la Fondation Aventinus et la Fondation Leenaards) répartit dans l’année.
Quid de l’IA ?
Au cœur de cette dynamique d’aide aux média, se pose la question de l’intelligence artificielle. Peut-on l’intégrer dans les projets qui sont soumis au FJM ? « L’IA est un assistant pour le bon journalisme », affirme Marco Vencato, en soulignant son apport dans le scraping de données et leur visualisation. Un projet soutenu par le fonds peut parfaitement viser à développer une infrastructure d’IA dédiée au journalisme local, permettant de renforcer la production d’informations pertinentes à l’échelle des territoires.
Cette intégration de l’IA s’inscrit dans une continuité plutôt que dans une disruption. « Il ne faut pas réinventer le journalisme en tant que déontologie et validation des informations, mais il faut se doter de nouveaux outils », insiste-t-il. L’émergence de profils hybrides, à l’image du « code-journaliste », illustre cette évolution vers une rédaction augmentée par la technologie.
Au-delà des outils, c’est aussi la relation au public qui se transforme. Plusieurs projets soutenus misent sur une logique de communauté, en particulier à l’échelle locale. « Ce n’est pas seulement du journalisme, c’est du community building à un niveau hyper local », observe Marco Vencato. En combinant contenus, événements et interaction avec les publics, ces initiatives cherchent à créer de nouveaux modèles de valeur, y compris économiques.
Les ateliers du FJM
Dans ce contexte d’évolution du métier, un événement prévu à Berne le 16 juin vise à favoriser les échanges entre journalistes romands et alémaniques. L’objectif est de partager les retours d’expérience et d’analyser les indicateurs de performance — engagement, conversion, interaction — qui traduisent une évolution vers une culture plus analytique du journalisme.
Inscription au prochain atelier
Reste une question de fond, qui traverse l’ensemble du secteur : faut-il prioritairement soutenir les médias établis en difficulté ou investir dans de nouveaux acteurs émergents ? Le fonds semble faire le pari d’un équilibre entre ces deux logiques, en accompagnant à la fois des titres installés et des initiatives naissantes.
À l’heure où la confiance dans les médias constitue un enjeu démocratique majeur, ces expérimentations interrogent la capacité du journalisme à se réinventer sans renoncer à ses fondements. L’innovation, ici, ne se réduit pas à une question technologique, mais s’inscrit dans une réflexion plus large sur le rôle des médias dans la société.
